February 24, 2026

TÉMOIGNAGE. "Arrêtons de gaspiller de l’eau et de noyer nos cultures"… La colère des agriculteurs de l’Aude après les inondations à répétition

l’essentiel
Les zones riveraines du Fresquel, près de Castelnaudary (Aude), sont régulièrement noyées depuis fin janvier. La faute, selon la profession agricole, à des lâchers d’eau depuis le barrage de Saint-Ferréol.

Il est tombé en un mois et demi 280 mm, soit autant d’eau que la moitié de précipitations d’une année moyenne, qui avoisine les 500 mm. C’est donc beaucoup, beaucoup d’eau !

Les cultures en bordure du Fresquel sont régulièrement noyées par le cours d’eau qui sort de son lit. Et pas qu’un peu ! Trois fois en une seule semaine, le jeudi 12, le samedi 14 et rebelote le mardi 17 février derniers. Pour la profession agricole – Jérôme Barthès, président de la FDSEA (Fédération du syndicat des exploitants agricoles) en tête –, la pluviométrie n’en est pas la cause directe, d’autant que le phénomène est récurrent sur la branche de Naurouze du Fresquel de Labastide-d’Anjou à la route de Saint-Papoul, sur plus de dix kilomètres, quand l’autre branche ne connaît pas pareille situation.

Les cultures de Jérôme Cans, dans le Lauragais audois, ont été noyées trois fois en une semaine.
Les cultures de Jérôme Cans, dans le Lauragais audois, ont été noyées trois fois en une semaine.
DDM – G. K.

Le problème est ailleurs selon lui, Didier Gazel, Olivier D’Agostin, Jérôme Cans et même Jean-François Monod, président de la Sica d’irrigation, qui ont en ligne de mire VNF (Voies navigables de France) et ses lâchers d’eau réguliers depuis le barrage de Saint-Ferréol. Ils en veulent pour preuve les crues subites et des eaux qui redescendent aussi vite qu’elles sont montées. Les lacs sont pleins mais pas la Ganguise, à 74 % de sa capacité. Plus haut, Montbel, à 68 % de la sienne, ne l’est pas non plus.

Des lâchers, niés par VNF, selon Jérôme Barthès, puisque le gestionnaire du canal lui affirme que seul repart l’excédent de pluie et pas plus. La profession n’y croit pas et lui reproche “de ne pas anticiper pour écrêter les crues. Et ce sont les agriculteurs riverains qui en pâtissent”.

Un préjudice estimé à plus de 100 000 €

Sur les 500 hectares noyés à trois reprises, plus de la moitié est en culture. Pois, blés, régulièrement sous l’eau… n’en peuvent plus ! On chiffre à 100 000 € a minima les pertes subies par les agriculteurs victimes. “Si cela arrive en avril, ce sera trois fois plus”, relève Jean-François Monod. “On n’est qu’au mois de février, mais si on a un printemps pluvieux, ils vont faire quoi ? Inonder toute la plaine ?”, s’agace Jérôme Barthès.

D’autant qu’il y a, selon ces responsables agricoles, des solutions. Jean-François Monod évoque un barrage tampon qui pourrait, en stockant l’eau les années très pluvieuses, empêcher les inondations et même être utile à VNF. “Un projet existait il y a 25 ans dans la vallée de l’Aude, il a été abandonné”, dénonce Olivier D’Agostin.

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Une gabegie de la ressource eau inacceptable pour eux. “Aujourd’hui, elle part à la mer alors que l’on pourrait la remonter dans la Ganguise via les pompes de Naurouze. Cette eau serait de l’eau économisée pour Montbel, mais on ne veut pas le faire. Il faut arrêter d’inventer des prétextes”, relève Jérôme Barthès, qui en appelle au préfet de l’Aude pour faire pression sur le gestionnaire du canal. “L’an dernier, nous avons bataillé pendant des mois pour qu’ils acceptent de le faire. On a monté 4 millions de mètres cubes, nous avons payé pour cela. Au final, ils se vantaient partout de l’avoir fait !”

VNF se cacherait derrière le coût de l’énergie pour activer ces fameuses pompes ? Didier Gazel suggère la mise en place d’une turbine dans la retenue lauragaise. Jérôme Cans en appelle au SMMAR pour un nettoyage de cette partie du Fresquel.

La biodiversité en danger

Le groupe pointe un autre scandale, écologique celui-là. Et des inondations qui ont, selon eux, des incidences graves sur la biodiversité. “Personne n’en parle ! Salamandres, têtards, sont partis à la mer. Ils ne vont pas vivre !” Tous attendent une réponse forte du préfet de l’Aude. “S’il faut pomper, il faut le faire, s’il faut faire des barrages et des lacs tampons, il faut le faire”, soulignent-ils d’une seule voix.

Le monde paysan audois confie son incompréhension face à ce qu’ils estiment être un manque d’anticipation du gestionnaire du canal. “Nous, on fait des études, on met des compteurs, on nous impose un tas de choses. Qu’on nous montre l’exemple !”

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