Quelques minutes après le succès face à l’Italie (33-8), ce dimanche 22 février à Lille, à l’occasion de la 3e journée du Tournoi des 6 Nations, le sélectionneur des Bleus a confié avoir apprécié la capacité de ses hommes à évoluer dans un autre registre que lors des précédents matchs.
Quel est votre sentiment après ce troisième succès en trois journées ?
C’était le match que l’on attendait, avec un adversaire rude, robuste, sur une bonne dynamique. En comparaison avec les autres rencontres, le scénario a été totalement différent, plus fermé, même si on a été opportunistes sur le peu de ballons qu’on a eus en première mi-temps. Et ensuite, il a fallu tenir le bras de fer. Pendant 20 minutes, il fallait être costauds. Le ball in play (temps de jeu effectif, NDLR) était moins élevé que précédemment mais il y a plus d’affrontements en l’air et au sol avec des replacements. Il y a eu un rythme totalement différent dans lequel on n’avait pas encore joué. C’était la première fois qu’on allait dans ce type de rugby et c’était bien qu’on remporte le bras de fer à ce moment-là.
Que pouvez-vous dire de la 50e sélection de Thomas Ramos qui a montré qu’il était aussi humain avec quelques petites erreurs ?
D’abord, il a changé de poste hier (samedi), suite au forfait de Matthieu (Jalibert) après le team run (mise en place, NDLR). Quand je lui ai annoncé, il jouait aux cartes et cela ne l’a pas dérangé. Il a continué de jouer aux cartes. Il jouait à la belote je crois et ce n’est pas quelque chose qui l’a fait trembler. Donc déjà, il ne tremble pas. Et ensuite, comme il a beaucoup l’habitude de jouer avec Antoine (Dupont), ils ont beaucoup de réflexes. Ils se ressentent donc ça s’est trouvé même si en face, l’adversaire avait une attention particulière sur notre charnière.
À quel point les changements de dernière minute effectués ont pu perturber votre animation offensive ?
Ce sont surtout les Italiens qui ont perturbé notre animation offensive. Et ensuite, des petits détails. La première de Gaël (Dréan), des petits changements sur le trident, sur nos meneurs de jeu. Mais c’est bien, il faut s’habituer à bouger les lignes. On ne peut pas être totalement dépendants de la même composition d’équipe donc cela nous a mis dans l’inconfort hier et aujourd’hui. Mais je trouve que petit à petit, les joueurs ont trouvé des solutions.
On loue depuis plusieurs semaines votre qualité offensive. N’est-ce pas votre défense qui vous a permis de l’emporter aujourd’hui ?
On a eu une formidable défense. On s’est fait prendre deux fois sur des plaquages hauts qui auraient pu être mieux effectués. C’est une formidable prestation collective défensivement au milieu du terrain où nous n’avons jamais été pénalisés. Et près des lignes d’essai, où on avait ouvert l’en-but deux fois par match précédemment. Il n’y a pas eu d’essai marqué, si ce n’est sur le turnover sur le ruck contesté. Quand vous parlez du jeu, il y a le jeu avec le ballon et sans le ballon. Cela fait partie du jeu aussi. Je sais qu’en France, on est des romantiques, que quand on parle du jeu, on ne parle que du jeu avec le ballon. Mais des fois, le jeu sans ballon permet de gagner des matchs. Et je trouve que depuis le début de la compétition, notre jeu sans ballon nous assoit plus confortablement dans la partie. Je salue encore l’investissement des joueurs, leur détermination et ce qu’ils réalisent sans le ballon. Dans le projet, c’est formidable, même si l’Italie n’est pas une équipe qui score énormément. Mais près des lignes, on a eu deux ou trois possessions italiennes à défendre et cela a été formidablement défendu.
Quel regard portez-vous sur le combat en mêlée ?
Clairement, c’est une équipe qui aujourd’hui récupère trois à quatre pénalités par match depuis un petit moment. On avait vu les images spectaculaires du match précédent (en Irlande, NDLR) donc on a construit d’abord une équipe robuste pour pouvoir tenir ce bras de fer.
Ce secteur où vous souffrez parfois peut-il devenir un sujet ?
C’est un axe de travail, clairement, comme d’autres. Cela permet aussi de saluer Uini (Atonio, contraint de prendre sa retraite en raison d’un problème cardiaque, NDLR). C’était quelqu’un qui contribuait depuis longtemps à la performance de notre mêlée et on voit bien que c’était un joueur exceptionnel. Maintenant, il faut arriver à trouver d’autres joueurs. Et d’ailleurs, je félicite Dorian Aldegheri et George-Henri Colombe pour leur performance. Je les ai trouvés très solides, très déterminés, donc on va continuer à travailler dans ce sens.
Après ces trois victoires bonifiées, est-ce que l’ambition est décuplée ?
On va en Écosse donc connaissant cette équipe et avec l’expérience qu’on a vécu en 2020 en arrivant invaincus, on avait été très bien reçus par les Écossais (défaite 17-28). Donc je dirais qu’à court terme, on va passer la soirée ensemble. Demain, on se quitte, on récupère et on se retrouve lundi (prochain) pour préparer l’Écosse. On va avancer comme ça. Là, je crois que les joueurs sont ambitieux sur leur semaine de repos, ils sont contents. Et je crois qu’ils seront encore plus ambitieux sur la semaine de préparation de l’Écosse. Attention aux Écossais, je ne vais pas vous faire un dessin.
Un mot sur la performance d’Emmanuel Meafou qui a fait 80 minutes ?
C’était un challenge. C’était vu comme ça : est-ce que c’est possible. Et en fait, il a répondu parfaitement par : “Oui, c’est possible.” Et puis il a travaillé, quoi. Il a été présent et efficace dans les zones où il était. Je crois que c’est sa plus grosse performance en Bleu depuis qu’il est avec nous. Je crois qu’il attendait depuis un moment ce type de rendez-vous. C’était le challenge et il l’a relevé.
Et concernant la première de Gaël Dréan ?
C’est quelqu’un qui se prépare avec nous depuis un petit moment et il méritait d’avoir une opportunité. Je suis très, très heureux pour lui. Il a fait une bonne performance, solide dans le combat. Une performance solide. Sûrement que la première cape peut ne pas être évidente à vivre mais il a été bien accompagné par ses copains. J’en profite pour adresser un message personnel à Pierre Mignoni, son entraîneur, sans qui il ne serait peut-être pas là. Gaël m’a dit qu’il l’avait appelé hier pour lui dédier cette sélection, en autres. Et j’en profite aussi pour remercier Pierre pour le travail qu’il fait avec ses joueurs de Toulon, qui sont très performants avec nous. Merci pour tout le travail qu’il fait, au quotidien, tout l’engagement, tout son cœur qu’il met pour son équipe de Toulon et ses joueurs. En tout cas, Gaël lui a rendu un bel hommage.

