Les dernières révélations de l’affaire Eipstein ont provoqué plusieurs enquêtes juridiques et des démissions. VLADISLAV NEKRASOV / SOPA/SIPA
Des liens intimes, financiers, professionnels. La publication le vendredi 30 janvier de plus de 3 millions de documents liés à l’affaire Epstein par le ministère de la Justice américain a révélé les différentes accointances entre le criminel sexuel et plusieurs personnalités publiques. Démissions, limogeages, enquêtes judiciaires… Quels ont été les effets de ces révélations à travers le monde ?
• Plusieurs démissions aux Etats-Unis
Aux Etats-Unis, Bill et Hillary Clinton ont accepté d’être auditionnés courant février par une commission du Congrès sur les liens d’amitié de l’ancien président avec Jeffrey Epstein. Bill Clinton a fermement nié toute malversation, hormis le fait d’avoir voyagé à bord du jet privé de Jeffrey Epstein, tandis que sa femme a déclaré n’avoir eu aucun contact significatif avec le financier.
Le président américain Donald Trump est mentionné des centaines de fois, mais il a insisté sur le fait qu’il était victime d’un « complot » concernant ces documents et qu’aucune des victimes d’Epstein ne l’avait accusé. Le milliardaire Elon Musk, ancien Haut conseiller du président, est également mentionné dans les documents.
Par ailleurs, l’ancien secrétaire au Trésor américain, Larry Summers, a démissionné de son poste de président de l’université Harvard avant la publication des derniers documents. Brad Karp a quitté la présidence du prestigieux cabinet d’avocats Paul Weiss et David Ross a démissionné de son poste de directeur du Whitney Museum of Art.
Le magnat de Microsoft, Bill Gates, également souvent cité, a déclaré regretter « chaque minute passée » avec Epstein. Son ex-femme, Melinda French Gates, a toutefois affirmé qu’il devait s’expliquer, Jeffrey Epstein ayant affirmé dans les documents avoir organisé des rencontres avec des femmes pour Bill Gates.
• En France, Jack et Caroline Lang démissionnent
Après avoir dans un premier temps exclu de démissionner, Jack Lang a été contraint de quitter la présidence de l’Institut du monde arabe le 7 février dernier, poste qu’il occupait depuis 2013. Parmi les messages échangés par le financier américain, son nom ressort 673 fois, et fait apparaître des intérêts économiques communs.
Jack Lang, le 30 Septembre 2025. CYRIL PECQUENARD/SIPA
Le parquet national financier a notamment ouvert une enquête préliminaire contre lui et sa fille Caroline Lang pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée ».
Selon une enquête publiée le 2 février par Mediapart, Caroline Lang avait fondé en 2016 avec le criminel sexuel américain Jeffrey Epstein une société offshore domiciliée aux îles Vierges américaines. A la suite de ces révélations, elle a annoncé sa démission de son poste de déléguée générale du Syndicat de la production indépendante (SPI) et du conseil d’administration de la Fondation Le Refuge qui héberge et accompagne des jeunes LGBT +en rupture familiale.
• Au Royaume-Uni, Starmer sur la sellette
Plusieurs démissions fragilisent la position du Premier ministre britannique Keir Starmer. Nommé à Washington en décembre 2024, Peter Mandelson, figure historique du parti travailliste, a été démis de ses fonctions en septembre, après la publication de mails illustrant sa proximité avec Jeffrey Epstein après sa condamnation en 2008. Les dernières révélations ont ravivé les indignations de cette nomination, provoquant la démission de Tim Allan, directeur de la communication du Premier ministre et de Morgan McSweeney, son chef de cabinet.
Alors que Keir Starmer exclut de démissionner, plusieurs voix s’élèvent pour le pousser vers la sortie, à 15 jours d’une élection législative partielle dans le nord-ouest de l’Angleterre et à trois mois d’élections locales à haut risque pour le Labour. Lundi 9 février, Anas Sarwar, le chef du Labour en Ecosse, s’est joint aux appels à sa démission, jusque-là cantonnés à l’opposition et quelques députés travaillistes.
• La famille royale britannique remuée
Les dernières révélations de l’affaire Epstein font ressurgir les liens entre Andrew Mountbatten Windsor, son ex-femme Sarah Ferguson et le milliardaire américain. Le couple, qui cohabitait malgré leur divorce, a été contraint de quitter leur résidence royale près du château de Windsor.
Andrew Mountbatten-Windsor le 20 avril 2025. KIRSTY WIGGLESWORTH/AP/SIPA
La police britannique enquête sur d’éventuels manquements liés à la divulgation de documents confidentiels à Jeffrey Epstein, alors qu’Andrew était envoyé spécial du gouvernement britannique pour le commerce. Son ex-femme, Sarah Ferguson, a également entretenu des liens étroits avec Jeffrey Epstein, affirmant notamment dans un email que le financier est « le frère » dont elle a « toujours rêvé ». Plusieurs associations caritatives avec lesquelles l’ex-duchesse travaillait ont alors rompu avec elle.
Le roi Charles III est « profondément inquiet » des allégations visant son frère Andrew ayant émergé de l’affaire Epstein et est « prêt à aider la police » si elle devait l’approcher, a indiqué lundi un communiqué du palais de Buckingham.
• La Norvège sous le feu des projecteurs
La police norvégienne a annoncé lundi avoir ouvert une enquête contre Mona Juul et son époux Terje Rød-Larsen, soupçonnés respectivement de « corruption aggravée » et « complicité de corruption aggravée » dans le cadre de leurs liens passés avec Jeffrey Epstein. Mona Juul était cheffe de section au ministère norvégien des Affaires étrangères puis est devenue ambassadrice au Royaume-Uni dans les années 2010 au moment où, à en croire les échanges exhumés par les médias dans les documents Epstein, le couple a eu des liens avec le criminel sexuel américain.
Mona Juul le 30 mai 2019. LUIZ RAMPELOTTO / NURPHOTO VIA AFP
Dimanche, le ministère des Affaires étrangères a annoncé que Mona Juul, relevée la semaine dernière de ses fonctions, avait démissionné du poste d’ambassadrice en Jordanie et en Irak qu’elle occupait jusqu’alors.
Egalement dans le gotha des monarchies européennes, la princesse Mette-Marit, future reine de Norvège, voit à son tour sa réputation entachée par la révélation d’une proximité insoupçonnée avec le criminel sexuel. L’épouse de l’héritier du trône norvégien a échangé des centaines de courriels intimes avec Jeffrey Epstein entre 2011 et 2014, après la première condamnation du financier en 2008 pour incitation à la prostitution de mineures. « Je regrette profondément mon amitié avec Jeffrey Epstein », a déclaré Mette-Marit dans un communiqué.
• Slovaquie, un ministre démissionne
Ailleurs en Europe, le Slovaque Miroslav Lajcák a démissionné de son poste de conseiller à la sécurité nationale. D’après un échange de SMS consulté par la BBC, datant de 2018, le criminel sexuel promettait des femmes à Miroslav Lajcák, à l’époque chef de la diplomatie slovaque, dans une discussion au ton léger.

