Une vue aérienne de Raqa après la prise de contrôle de Tabqa par l’armée syrienne, le 18 janvier 2026. IZZ ALDIEN ALQASEM / ANADOLU VIA AFP
Plus d’un an après la chute de Bachar al-Assad, le président islamiste syrien Ahmad al-Charaa veut étendre son emprise sur de nouveaux pans du pays. Après avoir délogé les Kurdes d’Alep, ses troupes ont progressé vers le nord du pays au prix d’intenses combats face aux forces kurdes qui jouissaient d’une autonomie de facto depuis plus de dix ans dans la région.
Alors que l’armée syrienne se rapproche désormais de Raqa, ancien bastion du groupe djihadiste Etat islamique en Syrie, le président syrien a annoncé dimanche avoir signé un accord de cessez-le-feu avec le chef des forces kurdes en Syrie, Mazloum Abdi.
• Pourquoi l’armée syrienne et les forces kurdes s’affrontent-elles ?
Le président syrien Ahmad al-Charaa, qui souhaite contrôler tout le territoire, tente depuis le début du mois de janvier d’asseoir son autorité sur le nord du pays. Vendredi, il a demandé aux forces kurdes, pilliers de la lutte contre le groupe djihadiste Etat islamique en Syrie, de quitter la ville d’Alep, la deuxième ville du pays. Mais il s’est heurté à un mur.
Face à l’impasse dans les négociations du pouvoir central avec les Kurdes, qui contrôlent une partie du nord et du nord-est de la Syrie, les forces gouvernementales syriennes ont délogé leurs combattants de d’Alep, la seconde ville du pays, la semaine dernière. Elles les ont ensuite sommés de se retirer d’une zone située entre l’est de cette ville et le fleuve Euphrate. Le chef des Forces démocratiques syriennes (FDS), le bras armé des Kurdes, Mazloum Abdi avait alors annoncé un retrait programmé samedi matin. Mais les heurts se sont poursuivis, les deux parties s’accusant de violer l’accord.
Dans une volonté d’apaisement, le président a annoncé vendredi soir reconnaître par décret les droits nationaux des Kurdes. Leur langue sera désormais officielle, une décision historique dans le pays où cette minorité est estimée à quelque deux millions sur une population de 20 millions d’habitants.
L’administration autonome kurde du nord de la Syrie a estimé que ce décret constituait « un premier pas » mais ne satisfaisait pas « les aspirations et les espoirs du peuple kurde ».
• Où se trouvent actuellement les soldats de Damas ?
Dès samedi matin, les correspondants de l’AFP ont vu l’armée entrer dans la ville de Deir Hafer, à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alep, tandis que les combattants kurdes s’en retiraient. Les FDS « se sont retirées dimanche à l’aube de tous les secteurs sous leur contrôle » dans l’est de la province de Deir Ezzor, « y compris les champs pétrolifères de al-Omar et al-Tanak », a déclaré à l’AFP le directeur de l’Observatoire syrien des droits de homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane.
Au petit matin dimanche, les autorités de Damas ont annoncé contrôler la ville de Tabqa, dans la province de Raqa, « y compris le barrage sur l’Euphrate qui est le plus grand de Syrie », selon le ministre de l’Information Hamza Moustafa, cité par l’agence Sana. Les combattants kurdes affirment pourtant que cette localité, à une quarantaine de kilomètres de Raqa, ne faisait pas partie de l’accord de retrait qu’ils avaient accepté.
L’agence Sana a ensuite affirmé que les Forces démocratiques syriennes (FDS), dominées par les Kurdes, avaient fait sauter dans la nuit les deux ponts menant vers Raqa, coupant la ville de la zone sur la rive occidentale qu’ils ont été sommés de quitter.
• Combien de personnes sont mortes dans les combats ?
Les combats, les plus graves entre le pouvoir islamiste syrien et les Kurdes, ont fait 105 morts selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), 45 civils et 60 combattants des deux bords.
• Quelles sont les réactions de la communauté internationale ?
L’offensive de l’armée syrienne a provoqué l’inquiétude de pays occidentaux, dont les Etats-Unis, qui ont récemment levé leurs sanctions imposées à Damas sous Bachar al-Assad.
Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a exhorté les forces syriennes à cesser toute attaque dans la zone située entre Alep et Tabqa, appelant à « une coopération étroite entre les partenaires syriens ». Samedi, le chef des puissantes FDS Mazloum Abdi a rencontré à Erbil, dans le nord de l’Irak, l’émissaire américain Tom Barrack ainsi que Nechirvan Barzani, le président de la région autonome du Kurdistan en Irak.
« Une Syrie unie et stable passe par l’intégration des Forces démocratiques syriennes en son sein et non par la guerre contre celles et ceux qui ont combattu Daech (l’acronyme arabe de l’EI, ndlr) à nos côtés », a déclaré sur X le président français Emmanuel Macron. « L’offensive des autorités syriennes doit cesser immédiatement. »
• Que dit l’accord de cessez-le-feu ?
Après une rencontre avec l’émissaire américain pour la Syrie Tom Barrack, le président syrien Ahmad al-Chareh a annoncé dimanche avoir signé un accord de cessez-le-feu avec le chef des forces kurdes en Syrie, Mazloum Abdi.
La présidence a publié le texte de l’accord signé en 14 points, qui comprend l’intégration des Forces Démocratiques Syriennes (FDS) et des forces de sécurité kurdes dans les ministères de la Défense et de l’Intérieur, la remise immédiate au gouvernement des provinces sous contrôle kurde de Deir Ezzor et Raqa, et la prise en charge par Damas des prisonniers du groupe Etat islamique et de leurs familles détenus dans des prisons et des camps contrôlés par les Kurdes.

