Une “loi d’urgence agricole” a été annoncée par Sébastien Lecornu. Proposant d’alléger les règles en matière d’accès à l’eau et de rejet de nitrates, le texte suscite l’inquiétude des écologistes.
Les tracteurs sont montés à Paris, porter les revendications d’un secteur agricole en quête de simplification et de soutien, au moment où la profession subit de plein fouet l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse et où le traité du Mercosur est sur le point d’être signé. Ils ont obtenu une première victoire avec l’annonce d’une “loi d’urgence”, par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Si la plupart des agriculteurs se réjouissent de ces assouplissements, les défenseurs de l’environnement s’alertent d’un dangereux retour en arrière. On vous explique.
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“J’ai demandé à la ministre Annie Genevard de préparer pour le salon de l’agriculture une loi d’urgence agricole autour de plusieurs priorités : eau, prédation, moyens de production”, a détaillé Sébastien Lecornu, sur X.
Comme je l’avais écrit dans ma lettre aux agriculteurs, la souveraineté agricole ne peut pas n’être qu’un slogan. C’est une responsabilité nationale. Et elle appelle des décisions et des actes.
Les mobilisations d’aujourd’hui expriment une demande de bon sens : trop de règles…
— Sébastien Lecornu (@SebLecornu) January 13, 2026
Le Premier ministre a concédé “trop de règles complexes, mal expliquées, parfois contre-productives” et s’est engagé à faire “évoluer plusieurs règles dans les prochaines semaines”. Une annonce qui affole les nombreux Français qui s’étaient mobilisés contre la loi Duplomb l’été dernier, ainsi que les associations de défense de l’environnement qui redoutent “un risque accru pour la santé de nos concitoyens et des écosystèmes”, comme l’a fait savoir le Réseau Action Climat.
Moratoire sur l’eau
“Je demande un moratoire sur toutes les décisions relatives aux questions de la politique de l’eau jusqu’à l’inscription en Conseil des ministres du projet de loi d’urgence agricole”, a annoncé Sébastien Lecornu, sur X.
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“Je demande aux préfets de me remonter directement les projets hydrauliques agricoles bloqués sur les territoires : je veux en libérer un maximum, notamment tous ceux qui sont ‘à taille humaine’. Les décisions de répartition et de gestion de la quantité d’eau doivent se faire après une analyse claire des conséquences économiques”, a précisé le Premier ministre.
Réseau Action Climat y voit, avec inquiétude, une porte ouverte à la construction “d’ouvrages de stockage d’eau (méga-bassines) et de bâtiments d’élevage industrie”.
Dérogations à la directive européenne sur les nitrates
Autre point de friction, les normes entourant l’épandage et les seuils de nitrates autorisés dans les eaux. En effet, le Premier ministre a indiqué vouloir revoir le cadre de la directive européenne sur les nitrates. En attendant, il a demandé aux préfets d’accorder des dérogations et de “procéder aux contrôles avec discernement”.
Dans un article parlant “d’écocide”, Mediapart rappelle pourtant que la France a déjà été poursuivie trois fois par la Cour européenne de justice pour non-respect de ses engagements de réduction de la pollution de l’eau aux nitrates.
“Plutôt que d’ériger les règles environnementales en bouc émissaire, le gouvernement devrait au contraire accompagner et soutenir les agriculteurs à faire face aux impacts du changement climatique”, a fait savoir Réseau Action Climat, exigeant d’être “reçu dans les plus brefs délais par la ministre de l’Agriculture”.
Le site Eau et rivière dénonce de son côté le fait que, “tous les deux ans, les tracteurs prennent en otage le pays et hypothèquent un peu plus la santé et l’avenir de toutes et tous”.
Le texte sera inscrit à l’ordre du jour d’un Conseil des ministres au mois de mars et sera ensuite examiné par le Parlement avant l’été. Il devra associer en amont toutes les forces politiques parlementaires. Ses détracteurs l’appellent déjà “Loi Duplomb 2”.

