Les violences intrafamiliales s’invitent une nouvelle fois devant le tribunal de Foix. Un père violent, un fils contraint de protéger sa mère, et une famille marquée durablement par la peur et la culpabilité.
“Il fallait que je le pousse pour qu’il laisse Maman tranquille.” Ça vous inspire quoi, qu’il dise ça, votre fils ?” Face à la juge Pauline Chaulet qui vient de lui poser la question sur un ton acéré, Bastien* baisse la tête, un silence pesant s’installant sur le tribunal correctionnel de Foix. Ce jeudi 2 avril, le trentenaire comparait pour des violences sur son ex-compagne Julie*, terrée au fond de la salle d’audience, et des menaces de mort sur elle et son nouveau compagnon, Cédric*.
Quand les gendarmes interviennent pour la première fois chez elle le 30 décembre dernier, Julie, qui s’est réfugiée en pleurs sur la terrasse, euphémise : “C’est une séparation compliquée, il peut très vite monter dans les tours.” Elle décrit une longue relation teintée par les excès de colère et l’alcool, un conditionnement de leurs enfants pour qu’ils n’énervent pas leur père. Ce soir-là, leur fils Jules* a bien tenté de s’interposer alors que son père avait mis sa mère au sol et la traînait par terre, lui décochant des coups de pied et lui coinçant le doigt dans une porte.
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Les faits s’aggravent le 18 janvier, quand Bastien revient chez son ex et l’agonit d’insultes et menaces de mort : “Tu m’as tout pris”, “Je vais t’égorger, te foutre des coups de couteau”, une vindicte qui se dirige aussi contre Cédric. Julie rappelle les gendarmes qui lui conseillent de s’enfermer chez elle ; leur fille Léa*, qui a entendu son père en bas, s’est barricadée dans sa chambre et a elle aussi appelé les forces de l’ordre.
“Mes émotions ont pris le dessus”
Quand la présidente relit ces déclarations quelques semaines plus tard, elle jette un coup d’œil furieux à l’homme qui ne moufte pas devant elle : “Léa a eu peur quand elle a entendu le bruit des tiroirs, elle a cru que vous preniez un couteau pour joindre le geste à la parole.” “C’était un excès de colère mais en aucune je ne serais passé à l’acte”, souffle-t-il après un nouveau silence inconfortable. “Ce n’est pas l’impression que vous nous laissez, pourtant”, assène-t-elle.
Aujourd’hui, le trentenaire, cheveux sombres soigneusement coupés et tatouage sous l’oreille, est bien peu prolixe, comme rattrapé par le poids de ses actes. “Mes émotions ont pris le dessus”, avance-t-il, ce que tend à indiquer le rapport de son contrôle judiciaire qui le décrit comme quelqu’un “ayant des émotions qui l’empêchent de se mettre à distance”.
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Vindicatif en garde à vue, l’homme reconnaît aujourd’hui tous les faits qui lui sont reprochés et ne peut que regretter son attitude, que la juge ne peut s’empêcher de comparer à celle de ses enfants. “Votre fils a dû s’interposer, il a été très mature et courageux quand vous étiez jaloux”, rappelle la magistrate. “C’est bête, ça ne sert à rien d’avoir réagi comme je l’ai fait”, reconnaît Bastien.
Des paroles “remplies de violence et de haine”
Même s’il regrette ses actions, il n’empêche que ces scènes de violence ont laissé des stigmates dans la famille, comme le rappelle Maître Delrieu, avocate de Julie : “Madame est particulièrement affectée, sa fille culpabilise, son fils est en colère. Ils n’en peuvent plus”, s’insurge-t-elle. Pour autant, sous les yeux de Bastien qui lâche un souffle tremblant, l’avocate reconnaît avoir été rassurée par sa reconnaissance des faits à l’audience quand il avait tendance à minimiser ces “violences importantes”.
La procureur de la République peint quant à elle un tableau sombre, celui des “violences intrafamiliales” qui peut avoir un effet de “syndrome post-traumatique chez les enfants” : Jules tiré du lit à 22 h 30 par son père qui veut lui faire faire ses cartons et qui doit défendre sa mère, Léa qui subit les “paroles remplies de violence et de haine” de son géniteur qui se plaint constamment de sa mère et de sa nouvelle relation.
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Si la magistrate retient la situation stable de Bastien, elle s’inquiète tout de même de la répétition des faits et requiert 1 an de prison assorti du sursis probatoire pendant 2 ans ainsi qu’une interdiction de contact. “Il est nécessaire qu’il soit encadré pour prouver qu’il a bien compris les conséquences de ses actes”, conclut la magistrate.
Pour l’avocate de la défense, “c’est un contexte de séparation qui a mis le feu aux poudres”, un “cataclysme” pour Bastien qui clôture “de la plus désagréable des manières 20 années de vie commune”. Pour autant, poursuit-elle, le contrôle judiciaire a permis à l’homme de travailler et de revoir ses positions ; une attitude de regrets qui fait écho à son absence de violences dans le passé et sa prise d’initiative pour un suivi psychologique avant même la garde à vue, et pousse donc l’avocat à demander plutôt du sursis simple. La cour choisira finalement de suivre les réquisitions du ministère public en tout point.

