Alors que les indicateurs officiels témoignent d’un ralentissement de l’inflation alimentaire, la perception des ménages est bien différente. En toile de fond, la hausse des prix de l’énergie liée au conflit au Moyen-Orient et les tensions sur les négociations commerciales alimentent les craintes d’un nouveau cycle inflationniste.
L’indice des prix à la consommation (IPC), publié par l’Insee le 15 avril se voudrait rassurant. En mars, l’IPC augmente de + 1 % sur un mois, après + 0,6 % en février ; une hausse qui s’explique par celle des prix de l’énergie (+ 8,9 % après + 0,3 %). Au final, sur un an, les prix de l’alimentation décélèrent : + 1,8 % après + 2 % en février, avec toutefois des disparités fortes.
Les prix de l’alimentation hors produits frais ralentissent (+ 1,8 % après + 2 %) mais les prix de la viande accélèrent sur un an (+ 3,6 % après + 3,4 %). Les prix des produits frais ralentissent aussi (+ 1,4 % après + 1,8 %) mais ceux du poisson frais accélèrent sur un an (+ 6,8 % après + 4,8 %).
90 % des Français inquiets pour leur pouvoir d’achat
Pour les Français, déjà sous pression d’une hausse des prix des carburants, l’inquiétude est de mise. Début avril, un sondage Elabe montrait que pour 9 Français sur 10, la guerre en Iran et au Moyen-Orient allait avoir un impact négatif sur leur pouvoir d’achat (90 %) et plus de 6 Français sur 10 anticipaient des pénuries d’essence et de certaines matières premières…
Derrière les indicateurs en apparence modérés, un décalage persistant s’installe donc entre la réalité statistique et le ressenti des ménages. Si la progression des prix alimentaires ralentit, elle ne se traduit pas forcément par une baisse tangible en rayon. Les hausses accumulées ces dernières années continuent de peser sur les budgets…
Ce décalage est renforcé par le retour des tensions énergétiques. La flambée des prix du pétrole et du gaz, depuis 50 jours, agit comme un facteur diffus mais puissant. Elle renchérit les coûts de production, de transport et d’emballage, avec des effets en chaîne sur l’ensemble des produits de consommation courante.
Plusieurs industriels, à l’image du groupe laitier Lactalis, ont déjà annoncé leur intention de répercuter ces surcoûts, tout en affirmant vouloir en limiter l’ampleur selon les catégories de produits.
Faut-il rouvrir les négociations des prix ?
Dans ce contexte, la question d’une réouverture des négociations commerciales entre distributeurs et fournisseurs s’impose progressivement dans le débat. Clôturées au 1er mars, ces discussions annuelles avaient abouti à des hausses de prix inférieures à 1 % en moyenne, jugées insuffisantes par les industriels au regard de l’évolution de leurs charges. Or, la dégradation rapide du contexte international a rebattu les cartes.
Plusieurs organisations professionnelles, notamment dans le secteur agricole et agroalimentaire, ont ainsi appelé à rouvrir les discussions afin d’intégrer les nouveaux coûts liés à l’énergie, aux engrais ou encore aux emballages. Elles plaident pour une « juste répercussion des surcoûts », dans un contexte où les marges sont déjà sous pression.
Face à ces demandes, les distributeurs, eux, temporisent. Ils jugent les sollicitations encore « limitées » et « prématurées », tout en rappelant l’existence de clauses de révision permettant d’ajuster les contrats en cas de variation significative des coûts. En filigrane, ils accusent certains industriels de chercher à installer un rapport de force en amont de futures négociations.
Le gouvernement, de son côté, adopte une position prudente. S’il n’exclut pas totalement une réouverture des négociations, il estime qu’elle n’est « pas aujourd’hui nécessaire ». L’exécutif appelle surtout les industriels à la « responsabilité », insistant sur le fait que seules les hausses de coûts avérées doivent être répercutées aux consommateurs. Une vigilance accrue est promise pour éviter toute dérive.
Une hausse des prix de 2 % dès le mois de juin ?
C’est qu’il faut trouver un équilibre délicat : contenir l’inflation sans fragiliser les filières productives, dans un contexte où le système même des négociations commerciales est de plus en plus contesté. Plusieurs acteurs, distributeurs comme industriels, le jugent « à bout de souffle », notamment en raison de son calendrier rigide, peu adapté à un environnement économique instable.
Pour les consommateurs, l’incertitude est de mise car, selon les estimations, une hausse des prix d’environ 2 % pourrait intervenir d’ici juin. Si ce niveau reste sans commune mesure avec les pics d’inflation observés entre 2022 et 2024, il suffit à entretenir un climat d’inquiétude. Certaines projections évoquent même des hausses plus fortes encore, de l’ordre de 4 à 5 %.
À court terme, les enseignes de distribution assurent que le panier moyen restera stable, mais cette stabilité affichée repose sur des arbitrages internes et pourrait se révéler fragile si les tensions sur les coûts de production se prolongent.
Entre indicateurs rassurants et signaux contradictoires, la perception d’une hausse continue des prix commence ainsi à s’installer. Elle pèse sur la confiance des consommateurs et pourrait, à terme, influencer leurs comportements d’achat, au moment même où la reprise de la consommation reste un enjeu central pour l’économie française.

