April 5, 2026

"On est en train de faire crever notre profession"… La colère des restaurateurs contre le projet de réforme des titres-restaurant

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La réforme des titres-restaurant, qui entérine leur usage en grande surface, ravive la colère des restaurateurs. Leur utilisation dans les supermarchés est vue comme une menace pour les restaurants traditionnels, certains évoquant même un boycott du dispositif.

Les restaurateurs montent au créneau contre la réforme des titres-restaurant portée par le gouvernement. Alors que l’exécutif souhaite réformer le dispositif, plusieurs organisations du secteur dénoncent un texte qui, selon elles, risque d’accélérer le transfert d’une partie de la consommation vers la grande distribution, au détriment des établissements traditionnels. Au point que certains professionnels évoquent déjà des appels au boycott des titres-restaurant.

“On est en train de faire crever notre profession”, estime Franck Chaumès, président national de la branche restauration de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih), dans les colonnes du Figaro. Le restaurateur est vent debout contre la réforme. Samedi 4 avril, le ministre du Commerce Serge Papin a confirmé que ces titres pourront être utilisés le dimanche. Surtout, cette annonce pérennise leur usage dans la grande distribution, une dérogation mise en place en 2022, qui doit désormais être inscrite dans la loi via une proposition attendue d’ici l’été.

“Le ministre nous laisse les miettes”

L’exécutif souhaite moderniser le dispositif et soutenir le pouvoir d’achat des salariés. Mais pour les restaurateurs, c’est un nouveau coup dur. “Le ministre nous laisse les miettes”, dénonce Frank Delvau, président de l’Umih Paris Île-de-France. Selon lui, “le titre-restaurant est transformé en titre alimentaire”, profitant surtout à la grande distribution.

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Fin 2024, la grande distribution captait déjà 31,5 % des dépenses en titres-restaurant, contre 39,5 % pour les restaurants traditionnels, selon la Commission nationale des titres-restaurant (CNTR). Une part en hausse de neuf points depuis 2022. Pour Catherine Quérard, présidente du Groupement des hôtelleries et restaurations (GHR), l’ouverture dominicale ne suffira pas : “Ce n’est pas de pouvoir les utiliser le dimanche qui va retenir cette hémorragie, d’autant que les supermarchés sont de plus en plus ouverts le dimanche”, affirme-t-elle au Figaro.

Les restaurateurs réclament un double plafond et dénoncent les inégalités fiscales

Face à ce qu’ils considèrent comme un dévoiement du dispositif, les restaurateurs demandent la mise en place d’un double plafond, différenciant le montant utilisable au restaurant de celui autorisé en grande surface. Franck Chaumès pointe également la différence de TVA entre eux. “Si vous achetez un sandwich chez nous, la TVA est à 10 %. Si vous l’achetez au supermarché, c’est 5,5 %. On lui a dit à Serge Papin : il y a de l’argent à récupérer”, souligne-t-il au Figaro. “On cumule les handicaps depuis la crise du Covid-19”, rappelle aussi Catherine Quérard, évoquant notamment le télétravail qui prive les restaurateurs d’une partie de leur clientèle.

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Les représentants de la profession espèrent désormais être reçus à nouveau par Serge Papin et faire valoir leurs arguments avant que la réforme ne soit définitivement inscrite dans la loi. Celle-ci prévoit également la “dématérialisation complète” des titres-restaurant tandis que “la possibilité d’en faire don à une association agréée” sera fixée “dans la loi”. En outre, “certaines pratiques pour les professionnels seront interdites, comme les rétrocommissions” et seuls les restaurants et les commerces “essentiellement alimentaires” pourront être bénéficiaires du dispositif.

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