L’assemblée générale de l’ONU, le 25 mars 2026 à New York BIANCA OTERO/ZUMA/SIPA
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« Un signal profondément incompréhensible » : plusieurs parlementaires de Guadeloupe, Martinique et Guyane ont critiqué vendredi 27 mars l’abstention de la France lors du vote aux Nations unies d’une résolution reconnaissant l’esclavage et la traite transatlantique comme « le plus grave crime contre l’humanité ».
La France a envoyé « un signal profondément incompréhensible » en contradiction avec « son histoire législative », a dénoncé dans un communiqué Béatrice Bellay, députée PS de la Martinique, rappelant que la France avait été pourtant « le premier » pays à faire un pas vers cette reconnaissance, par la loi Taubira du 21 mai 2001.
Pas d’obligation juridique contraignante
Le texte adopté mercredi 25 mars ne crée pas d’obligation juridique contraignante mais constitue « un acte politique et mémoriel majeur » qui permettra d’« ouvrir un dialogue international sur [les] conséquences durables » de l’esclavage, a de son côté estimé le député apparenté socialiste guadeloupéen Christian Baptiste, qualifiant de « recul » la position française.
La France « a encore affaibli sa crédibilité auprès des peuples des dits outre-mer », a pour sa part fustigé son homologue martiniquais Marcellin Nadeau (GDR), dénonçant « un nouveau refus de reconnaissance pleine et entière » à l’égard des ultramarins.
Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron jeudi, le sénateur guadeloupéen et ex-ministre des Outre-mer Victorin Lurel avait déploré « une faute morale, historique, diplomatique et politique » contribuant à « ternir un peu plus » l’image de la France et à « fragiliser » les efforts de réconciliation mémorielle entre les pays occidentaux et leurs anciennes colonies.
Le Mouvement de décolonisation et d’émancipation sociale de Guyane, auquel appartient le député Jean-Victor Castor, a lui aussi dénoncé l’abstention de la France, ajoutant que « l’esclavage n’est pas seulement un crime du passé » car « ses conséquences structurent encore les inégalités actuelles ».
Les opposants contre une mise en compétition des crimes
Le parti a par ailleurs appelé l’ONU à « permettre à la Guyane de réintégrer la liste des territoires non autonomes et forcer la puissance administrante à accepter un plan de décolonisation ».
La résolution, soutenue par l’Union africaine et présentée par le Ghana, a été adoptée mercredi par 123 voix pour, 3 contre (États-Unis, Israël, Argentine) et 52 abstentions (dont le Royaume-Uni et les États membres de l’Union européenne).
Elle déclare « la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé des Africains » comme « les plus graves crimes contre l’humanité », condamnant cette « injustice la plus inhumaine et la plus persistante commise contre l’humanité ».
Les opposants au texte l’accusent de mettre les crimes en « compétition ».
Celui-ci « risque de mettre en concurrence des tragédies historiques qu’il n’y a pas lieu de comparer, sauf à le faire au détriment de la mémoire des victimes », a par exemple justifié Sylvain Fournel, membre de la représentation française à l’ONU, tout en plaidant pour refuser « l’oubli et l’effacement ».
« Chaque crime contre l’humanité est singulier »
La Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME), sans critiquer l’abstention à l’ONU, a appelé « la France à agir en réponse à la résolution de l’ONU », dans un texte soulignant que « chaque crime contre l’humanité est singulier et tous portent la même atteinte à ce qui nous réunit en tant que membres de l’espèce humaine ».
La FME estime que l’appel exprimé dans la résolution de l’ONU « doit être entendu, et que, forte de son rôle pionnier sur ce sujet depuis 2001, la France se grandirait en prenant l’initiative d’organiser une réponse aux attentes de justice, de dialogue et de vérité qui se sont exprimées à New York ».

