L’hommage de l’Elysée à Lionel Jospin
“Homme de convictions laïques et sociales, Lionel Jospin incarnait une certaine idée de la gauche : sobre, exigeante, profondément démocratique, attentive à l’autorité de l’État comme à la protection des plus vulnérables. Avec sa disparition, nous perdons une figure de notre République.
Né le 12 juillet 1937 à Meudon dans une famille marquée à gauche, Lionel Jospin fut très tôt un esprit libre et désireux de servir. A travers un parcours d’excellence qui le mena à Sciences Po puis à l’École nationale d’administration, promotion « Stendhal », il fit ses premières classes comme diplomate. Pourtant, Lionel Jospin fut rattrapé par ses convictions. Militant du PSU, à l’UNEF, matrices de la gauche non stalinienne, il rejoignit l’OCI, émanation de la galaxie trotskyste. En 1970, le jeune diplomate opéra un changement radical de carrière, devenant professeur d’économie. L’année suivante, après le congrès d’Epinay, il s’inscrivit au Parti socialiste dans le sillage du Premier secrétaire François Mitterrand, dont il devint l’un des fidèles et qui en fit le secrétaire national aux relations internationales. Peu à peu, par son autorité, ses facultés de travail, Lionel Jospin devint l’une des figures du Parti socialiste, au point de succéder à son mentor lors du Congrès de Créteil en 1981. Homme fort de la majorité présidentielle socialiste, député de Paris, Lionel Jospin s’imposa pleinement dans l’arène politique nationale au cours des années 1980. Avec la réélection de François Mitterrand, nouveau député de la Haute-Garonne, il fut nommé ministre d’Etat, ministre de l’Education nationale. Là, pendant quatre ans, entre 1988 et 1992, il mena des réformes importantes, pour l’université ou la formation des enseignants.
Lionel Jospin comptait dès lors comme l’un des successeurs possibles de François Mitterrand. Après les tourments du Congrès de Rennes en 1990, battu en 1993, Lionel Jospin traversa une période d’épreuves politiques. Pourtant, ce fut lui qui fut désigné comme candidat du Parti socialiste en 1995, lors de laquelle il s’inclina, au second tour, contre Jacques Chirac. Redevenu Premier secrétaire du Parti socialiste, Lionel Jospin scella l’accord donnant naissance à la « gauche plurielle », alliance avec le Parti communiste, les Verts, le Parti radical-socialiste et le Mouvement des citoyens, qui remporta les élections législatives de 1997. Premier ministre, Lionel Jospin conduisit, pendant près de cinq années, un gouvernement de gauche qui entreprit de nombreuses réformes : réduction du temps de travail à 35 heures, création des emplois-jeunes, mise en place de la couverture maladie universelle, instauration du pacte civil de solidarité, renforcement des droits des patients, création de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, modernisation de l’action publique et mutation de l’économie française, passage au quinquennat. Son action fut ainsi un mélange de pragmatisme, d’idéal, et de progrès.
En 2002, candidat à l’élection présidentielle, Lionel Jospin connut à nouveau l’épreuve de la défaite. A l’issue d’un scrutin qui marqua durablement la vie politique française, il annonça son retrait de la vie politique. Ce choix, rare, traduisit une conception rigoureuse de la responsabilité politique et du respect du suffrage universel. Après son retrait, Lionel Jospin continua de servir la République autrement. Membre du Conseil constitutionnel de 2015 à 2019, il mit son expérience, sa rigueur juridique et son sens de l’intérêt général au service de la Constitution et de l’État de droit, toujours avec la même exigence intellectuelle et morale.
Sa vie personnelle, son mariage avec Sylviane Agacinski, ses attaches à l’île de Ré, sa personnalité faite de scrupules comme d’idéal, tout cela lui valait une place particulière dans le cœur des Français. Bien plus, par la rigueur de ses raisonnements comme la force de ses engagements, Lionel Jospin fut sa vie durant pour la gauche et pour la République une autorité, une conscience.
Le Président de la République et son épouse saluent un grand serviteur de l’Etat qui marqua durablement notre Histoire et changea la France. Ils adressent à sa famille, à ses proches, à toutes celles et ceux qui l’aimaient leurs condoléances les plus sincères et l’hommage reconnaissant de la Nation.”

