March 22, 2026

Il jouait au pédopsychologue : poursuivi pour agression sexuelle, le faux thérapeute repart libre… "Nous, nous sommes condamnés à vie", s’indigne la maman

l’essentiel
À 35 ans, Quentin F., atteint d’un trouble du spectre autistique, s’est fait passer durant plusieurs mois pour un psychothérapeute dans le département du Gers. Poursuivi pour agressions sexuelles sur mineurs et escroquerie, il comparaissait devant la justice ce jeudi 19 mars. Récit.

Pendant des mois, il a joué au psychologue dans le Gers. Il se déplaçait à domicile, prenait des notes, s’entretenait avec les enfants dans leur chambre, encaissait les règlements. Personne ne s’est douté. Personne, sauf une maman.

Cet homme sans diplôme s’est rendu au domicile de familles gersoises pour de fausses séances de thérapie, escroquant des parents et agressant sexuellement un jeune garçon. Sa compagne, atteinte du même trouble, avait le rôle de secrétaire.

Il était près d’une heure du matin devant le palais de justice d’Auch, désormais vide de ses occupants, quand les cris ont déchiré la nuit, ce vendredi 20 mars. Cette mère, les larmes aux yeux et le souffle coupé par la colère, n’a pu contenir sa douleur sur les marches devant le tribunal.

Cinq ans qu’elle portait ce dossier comme une plaie ouverte et qu’elle espérait voir la justice offrir une forme de réparation à son fils, âgé de quatre ans au moment des faits. À la barre, Quentin F., 35 ans, atteint d’un trouble du spectre autistique, a comparu pour une affaire aussi sombre qu’improbable.

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Au terme d’une audience fleuve de près de cinq heures, le tribunal correctionnel a rendu son délibéré peu avant une heure du matin. Pour la mère du petit Maxime*, le suivi socio-judiciaire de six ans prononcé par les magistrats ne suffit pas à panser la plaie.

Un piège numérique et une confiance trahie

L’affaire débute en novembre 2021, lorsque les premiers soupçons émergent. Maxime traverse une période difficile et sa mère cherche l’aide d’un spécialiste. Le nom de Quentin F. apparaît sur un site recensant des psys. Sur son profil : une liste d’avis élogieux. Le trentenaire allait plus loin encore : il donnait des avis sur les forums spécialisés ou sur des groupes Facebook.

Ce que la jeune femme ignore alors, c’est que le “praticien” a lui-même rédigé ces commentaires. La compagne du faux psy, âgée de 29 ans, qui jouait le rôle de la secrétaire, semblait ignorer la part sombre de son copain. Du moins, c’est ce qu’elle affirme.

Lors du premier rendez-vous, le trentenaire s’isole dans la chambre avec l’enfant. “J’avais un mauvais pressentiment”, a raconté la mère au tribunal.

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Durant de longues minutes, la maman entend des rires, des échanges puis… plus rien. Le silence. En ouvrant la porte, elle surprend Quentin F. en train de rhabiller son fils sur le lit en lui enfilant ses chaussettes.

Une façade pour accéder aux enfants ?

“Cette image, personne ne va me l’enlever.” Après avoir mis son enfant à l’abri, procédé au règlement de la consultation, elle recueille ses confidences qui confirment l’agression. Une plainte est déposée.

L’enquête révélera l’ampleur de la supercherie : numéro Siren, faux diplômes, usurpation du grade de docteur en psychologie et une absence totale de trace auprès de l’Agence Régionale de Santé (ARS) ou de l’Université où il aurait été diplômé.

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Placé en garde à vue, l’individu a reconnu les attouchements sur Maxime, tout en contestant une seconde procédure concernant la sœur de sa compagne. Devant les juges, il a évoqué des “pulsions” et des “massages” censés “détendre” ses jeunes patients. Existe-t-il d’autres victimes ? Aucune autre plainte n’a été déposée en ce sens.

Reste la question suivante : ce business était-il une façade dans le but d’assouvir ses fantasmes ?

Bien que souffrant d’autisme, Quentin avait conscience de l’interdit : “Vous faites tout pour vous rapprocher des enfants”, souligne le juge. De son côté, la compagne de Quentin F. peine à comprendre les questions du tribunal. La question de l’altération du discernement au moment des faits est soulevée. Représentée par Me Patrick Kabou, elle a finalement été relaxée au bénéfice du doute.

Une condamnation jugée dérisoire par les parties civiles

Mes Éléonore Paré, François Roujou de Boubée, Isabelle Bru, Éric Mathias ont insisté sur le traumatisme subit par leur client, la trahison, l’immixtion illégitime dans l’intimité familiale.

Malgré des réquisitions de trois ans de prison avec mandat de dépôt, le tribunal n’a pas suivi le parquet sur l’incarcération. Après la plaidoirie de son avocate, Me Sandra Vazquez, Quentin F. a été condamné à un suivi socio-judiciaire strict.

S’il repart libre, il devra se soumettre à des obligations de soins, indemniser les victimes et figurera désormais au fichier des auteurs d’infractions sexuelles (FIJAIS).

Cette sentence est vécue comme un affront par les victimes, à l’image de la mère de Maxime, terrassée par la décision à la sortie du tribunal : “Nous, nous sommes condamnés à vie.”

*Le prénom a été modifié. Si vous pensez qu’un enfant est en danger, appelez le 119.

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