Une manifestation contre l’homosexualité lancée à l’appel d’associations religieuses à Dakar, le 23 mai 2025. SEYLLOU / AFP
Projet de loi, manifestations, arrestations en série… Au Sénégal, pays ouest-africain majoritairement musulman et très pratiquant, le sujet de l’homosexualité est devenu incandescent ces dernières semaines depuis l’arrestation début février de 12 hommes, dont deux célébrités locales, accusés d’« actes contre nature », terme désignant les relations entre personnes de même sexe.
Dans la foulée, le gouvernement a déposé un projet de loi pour durcir la loi. L’intensification du climat répressif envers l’homosexualité inquiète les ONG de défense des droits de l’Homme et pousse des personnes LGBT+ à envisager l’exil.
· Une trentaine d’arrestations en un mois
Depuis le début du mois de février, des arrestations en série ont lieu presque tous les jours, menées sur la base de dénonciation et de fouilles des téléphones – au moins une trentaine, selon les médias locaux.
Les noms des personnes interpellées sont ensuite divulgués publiquement. Certaines de ces personnes sont notamment accusées d’avoir transmis volontairement le sida, alimentant des débats virulents contre l’homosexualité.
Très médiatisées, ces arrestations font les choux gras de la presse ce qui a poussé le Cored – organe de régulation déontologique des médias au Sénégal – à publier un communiqué de rappel à l’ordre pour le respect de la « dignité humaine » et de la « vie privée des individus ». « Grande lessive à homo », « les bisexuels, des dangers ambulants », « la traque s’intensifie » : chaque jour apporte son lot de titres chocs en une des journaux.
« Même au Sénégal, c’est du jamais-vu. Ce qu’ils sont en train de faire c’est du lynchage public », estime auprès de l’AFP un défenseur des droits humains s’exprimant sous couvert d’anonymat. Il évoque le « traumatisme » des personnes LGBT+ depuis les vagues d’arrestations de ces dernières semaines : « Les personnes se cachent, elles se terrent beaucoup plus qu’avant. »
· Vers un doublement des peines liées à l’homosexualité
Dans ce contexte, le gouvernement a adopté un projet de loi visant à doubler les peines réprimant les relations homosexuelles. Si la loi est adoptée, elles seront désormais passibles de cinq à dix ans d’emprisonnement. Promesse de longue date du camp au pouvoir, la question de la répression de l’homosexualité est porteuse politiquement dans ce pays où elle est largement considérée comme une déviance.
« Tout acte sexuel ou à caractère sexuel entre deux personnes de même sexe constitue un acte contre nature », a indiqué le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko, qui veut inscrire l’homosexualité dans le Code pénal, nouveauté du projet de loi. En outre, le texte prévoit également de punir de trois à sept ans d’emprisonnement « toute personne qui fait l’apologie » de l’homosexualité.
Dans un pays où les dénonciations de personnes pour homosexualité présumée sont récurrentes, le projet de loi prévoit désormais de punir « toute personne » l’ayant fait « sans preuve ». Ces dernières semaines en particulier, les réseaux sociaux ont été inondés de messages homophobes et d’appels à la délation de personnes présumées homosexuelles.
· Un climat insupportable aggravé par des associations religieuses
Plusieurs manifestations à l’appel d’associations religieuses, très influentes dans le pays, ont eu lieu ces dernières années au Sénégal pour demander le durcissement des peines encourues. Plusieurs d’entre elles réclament la « criminalisation » de l’homosexualité.
La question agite également les réseaux sociaux où les commentaires incendiaires se multiplient et des vidéos montrent des agressions de personnes soupçonnées d’être homosexuelles. Sur l’une d’elles, qui n’a pas pu être authentifiée par l’AFP, on peut voir un homme accusé d’être homosexuel se faire frapper par un groupe.
Le climat est devenu insupportable pour les LGBT+ dans le pays, selon les militants contactés par l’AFP, en raison des discriminations à l’égard de la communauté. Rares sont les organismes à dénoncer la situation depuis le Sénégal où la défense des droits des homosexuels est perçue comme une valeur occidentale incompatible avec les siennes. « On continue d’aider des personnes à aller vers la Gambie », pays voisin, affirme le défenseur des droits humains en dénonçant une « situation dramatique » au Sénégal.
L’ampleur de ces départs est difficile à quantifier en raison de la clandestinité de ces projets, mais l’association STOP Homophobie affirme avoir reçu 18 demandes d’aide à quitter le Sénégal ces derniers jours. « Certains évoquent des violences, des menaces, des expulsions familiales. Tous ont peur d’être arrêtés et beaucoup craignent pour les atteintes à leur vie privée », souligne Terrence Khatchadourian, secrétaire général de cette association.
Depuis 2021, le Sénégal n’est plus considéré comme un pays sûr par l’Office français de Protection des Réfugiés et Apatrides (Ofpra), en raison des risques liés à l’orientation sexuelle.

