À Saint-Paul-de-Jarrat, en Ariège, la Confédération paysanne a construit son propre salon, après avoir pris la décision de boycotter le Salon international de l’agriculture, inauguré samedi 21 février à Paris. Le message se veut clair : afficher l’opposition à la gestion choisie par le gouvernement pour la dermatose nodulaire contagieuse.
À 800 kilomètres du Salon international de l’agriculture de Paris, l’événement très attendu chaque année a un concurrent. Pas dans un palais des expositions, ou un bâtiment fermé, mais à la ferme. En se laissant guider par la musique et les drapeaux jaunes, un format miniature du Salon de l’agriculture se dessine. Entre les parcelles du maraîchage installé sur les terres du “P’tit Jardin”, un marché de producteurs rayonne sous un ciel bleu clément. “Le Salon à la ferme”, cet événement alternatif au mastodonte de Paris, vient de passer le cap des 200 visiteurs.
“Il fallait qu’on fasse quelque chose pour montrer qu’on boycotte Paris, et montrer comment on travaille”, explique Christophe Gouazé, porte-parole local de la Confédération Paysanne, l’organisatrice de ce rendez-vous pris depuis plusieurs semaines, lorsque le Département de l’Ariège a lancé un message fort : l’un des départements les plus touchés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) ne figurera pas au Salon de l’agriculture.
Un salon de contestation et d’appel à l’action
Tous les participants ont un point commun : ils sont farouchement opposés à la gestion adoptée par le gouvernement dans le cadre de la propagation de la DNC, et pas que. “C’est important de dire que le secteur ovin est aussi touché en ce moment. En Grèce, ce sont 470 000 ovins qui ont été abattus, et cela doit nous alerter”, rappelle Christophe Gouazé, qui souligne que d’autres filières que la filière bovine ont manifesté leur soutien en boycottant également le Salon de Paris.
À ses côtés, Mathias Chevillon, éleveur, porte lui aussi les revendications du syndicat agricole. “Comme on est proche des élections municipales, on a aussi envie d’amener un axe de politique locale et tendre des perches vers les citoyens, leur montrer comment ils peuvent changer les choses avec leurs futurs élus”, développe-t-il.
“Beaucoup de maires ne savent pas ce qu’ils peuvent faire pour l’agriculture. À Saint-Paul-de-Jarrat, le maire n’avait pas imaginé qu’il pouvait installer un maraîcher, et maintenant il y a 1,8 hectare qui nourrit 100 foyers”, illustre Christophe Gouazé. Le maraîcher en charge de ses terres a effectué trois visites samedi, avec des visiteurs désireux d’apprendre à connaître leurs producteurs et leur fonctionnement.
Des producteurs et consommateurs qui disent non à l’abattage total
Derrière la vitre et les fromages, Jérôme est venu pour quelque chose qu’il aime et vit au quotidien. “La proximité avec les gens, je la connais parce que je travaille en vente directe. Aujourd’hui on porte des messages particuliers par rapport aux évènements qu’a récemment connus l’agriculture”, témoigne-t-il. À quelques mètres des tables d’où ressort le son des discussions de dizaines de visiteurs, Michel peut aussi parler de la démarche symbolique du jour. “On voulait apporter notre soutien. Je fais partie d’un collectif de vétérinaires. Nous nous opposons à l’abattage total et nous refusons de soutenir cette politique”, prononce sans hésitation le producteur.
Côté visiteurs, Marine a emmené son fils au salon, avec son mari. “Une sortie à la ferme, voir les alpagas et les autres animaux, ça nous rapproche de l’origine de notre alimentation”, sourit la mère. Matthieu est lui contre le protocole employé. “Ce qu’on a fait vivre aux agriculteurs, c’est honteux”, estime-t-il.
L’abattage total, “la clé de voûte” des tensions
L’abattage total est le terme qui ravive les mauvais souvenirs, rue du bicentenaire. “C’est la clé de voûte de la maladie”, considère Christophe Gouazé. Autrement dit, il n’y a qu’en renonçant à son recours systématique que les tensions entre la Confédération Paysanne et le gouvernement pourront durablement s’apaiser. “Ce protocole nous pousse à ne pas déclarer les cas, à ne pas appeler le vétérinaire. Et il faut penser à l’état mental des agriculteurs, qui ont toujours cette épée de Damoclès au-dessus de la tête”, poursuit le porte-parole.
Ce dernier porte une vision à long terme de refonte de la filière bovine. “Aujourd’hui, il faut cesser la fuite vers l’exportation et amener la relocalisation de la filière dans nos outils locaux. Le commerce international est très volatil, nous voulons mettre l’enjeu de la souveraineté alimentaire dans le décisionnel.”
Pour cela, l’agriculture a besoin du soutien populaire qu’il connaît depuis plusieurs semaines. Et pour ce qui est des discussions avec le gouvernement, l’inquiétude règne. “Avec les échanges qu’il y a eus à l’inauguration du Salon de Paris entre le président et les autres syndicats, on a peur que l’esprit d’équipe qu’on a construit s’efface”, confie la Confédération Paysanne.

