Stade Jacques-Fouroux, Auch. Pour soutenir les Rouge et Blanc, Brigitte Saint-Martin a tout plaqué, allant jusqu’à boycotter un mariage familial pour un titre de champion. Aujourd’hui en cuisine comme en tribune, la septuagénaire reste fidèle au poste, derrière son tambour géant. Portrait.
Un imposant tambour placé à la verticale entre deux rangées de sièges, une seule et même voix façonnée par des décennies d’encouragements, et cette banderole de plusieurs mètres d’envergure ne demandant qu’à être déployée dans les airs… Le décor est planté dans l’antre du RC Auch. Au stade Jacques-Fouroux, une bande d’infatigables “aficionados” n’attend plus que l’entrée des trente acteurs sur le pré.

Les quatre-vingts minutes de combat à suivre ne sont qu’une longue respiration dédiée à pousser les “rouge et blanc” lors de chaque mêlée, maul ou percée, jusqu’à la victoire. Postés sur les hauteurs de la tribune “Marathon”, à l’abri des caprices hivernaux comme des premières chaleurs printanières, les membres du club des supporters “Un pour tous, tous pour XV” font corps pour devenir, le temps d’un match, le premier rempart de la préfecture gersoise.
“Mon mari m’a emmenée au stade, je suis devenue plus acharnée que lui”
Parmi ces fidèles, Brigitte Saint-Martin, 70 ans, est l’incarnation même de cette ferveur. De l’effervescence de l’élite du rugby tricolore – “avant c’était le Top 16” – à l’éclosion des stars du XV de France, en passant par la descente aux enfers du FCAG, la trésorière de l’association est la mémoire vivante du fleuron du rugby gascon. “Il y a un joueur qui est venu habiter juste à côté de chez moi, Gilles Boué, et mon mari, qui allait déjà au stade, m’a proposé de venir avec lui. Ça m’a plu et je suis devenue plus acharnée que lui, et c’est toujours le cas”, raconte l’Auscitaine dans un éclat de rire. Le point de départ de 40 ans de passion.
Preuve d’une fidélité infaillible pour les “rouge et blanc” : le premier titre de champion de France de Pro D2 remporté face à l’Aviron Bayonnais lui évoque une délicieuse anecdote. “On était de mariage, mais je n’ai pas voulu y aller. Moi, j’étais dans le stade !” se remémore, sourire en coin, la native d’Auch. C’était en 2004 et Brigitte garde ce moment comme l’un de ses plus beaux souvenirs liés à la balle ovale.

Mais c’est aussi dans les moments critiques que l’on reconnaît les vrais passionnés. Quand certains ont tourné le dos au grand FC Auch Gers lors de son dépôt de bilan en 2017, la Gersoise et son mari Alain ont retroussé leurs manches pour aider le club à renaître de ses cendres. “C’est quand il est tombé qu’on s’est mis à la cuisine”, souligne-t-elle. Depuis, en coulisses, elle s’active bénévolement derrière les fourneaux pendant que son époux a fait des grillades sa spécialité. En tribune, le couple donne de la voix. Entre ces deux mondes, il n’y a qu’un tablier à raccrocher avant de pousser, à l’unisson, le cri de ralliement.
“C’est moi qui donne le rythme”
“Dès qu’il y a l’équipe B qui commence, je suis derrière mon tambour. C’est moi qui donne le rythme”, assure Brigitte, toujours prête à réveiller un public semblant s’assoupir ou des joueurs pas assez concernés. Avec des centaines de matchs au compteur, la bénévole ne passe pas par quatre chemins quand il s’agit de commenter la saison de son club de cœur. “Ils ont raté des matchs qu’ils n’auraient pas dû rater. Ils auraient dû terminer à l’une des deux premières places (et éviter le barrage, NDLR). Des fois, on se demandait s’ils dormaient…”
L’équipe fanion était prévenue : elle devait rentrer bien éveillée sur la pelouse pour ne pas s’attirer les foudres de sa septuagénaire préférée. Hélas, le message n’est manifestement pas passé.

Présente aux premières loges pour insuffler ce supplément d’âme à ses protégés pour passer l’obstacle des barrages, l’Auscitaine n’a pu qu’observer, amèrement, la brillante qualification des “ciel et blanc” de Valence-d’Agen. Malgré tous ses efforts et ceux du club des supporters, le match des tribunes et le bras de fer sur le rectangle vert ont malheureusement tourné à l’avantage des Tarn-et-Garonnais. Peu importe, ces fidèles parmi les fidèles, Brigitte en figure de proue, seront les premiers à prendre position en tribune à l’heure de lever le rideau sur la prochaine saison.

