March 24, 2026

Blocage du détroit d’Ormuz : la flambée du prix des engrais menace la filière céréalière du Tarn-et-Garonne, "c’est la catastrophe"

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Depuis le début des frappes américano-israéliennes en Iran fin février, les prix des engrais azotés s’envolent. Dans le Tarn-et-Garonne, les céréaliers redoutent — et constatent déjà — les premières répercussions de cette hausse des coûts de production. Un péril qui pourrait précipiter la chute d’une filière déjà en délicatesse dans le département.

Si la flambée des prix à la pompe n’a échappé à personne, une autre conséquence de la guerre au Moyen-Orient se fait sentir plus discrètement. Pourtant, ses effets frappent durement un pan entier de l’agriculture, au point de fragiliser la filière céréalière. Le blocage du détroit d’Ormuz a entraîné une hausse significative des prix des engrais, dont un tiers du commerce mondial transite par cette zone stratégique.

“C’est la catastrophe”, se lamente Édouard Forestier, responsable des grandes cultures au syndicat FDSEA 82.

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Alors que la tonne d’urée, très utilisée dans la culture céréalière, se vendait à environ 450 € en 2025, elle atteint aujourd’hui “près de 800 €”, selon le producteur basé à Saint-Nauphary. “Le tarif a augmenté de 37 % ces trois dernières semaines”, confirme Philippe Lorenzati, directeur du pôle agro-distribution chez Qualisol, la coopérative agricole de Castelsarrasin, en première ligne des commandes d’engrais.

Les récoltes 2026 impactées

Cette hausse se traduit directement dans les trésoreries des exploitants agricoles. Contacté par plusieurs professionnels aux abois, Jean-Philippe Viguié, président de la Chambre d’agriculture du Tarn-et-Garonne, constate : “Dans les structures céréalières, la part des charges consacrée à l’achat d’engrais est passée de 11 % à 20 %.”

Des premières conséquences devraient donc s’observer dès les récoltes 2026. Car, même si une majorité des cultures a déjà reçu son apport en engrais, d’autres ne sont pas encore en terre.

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C’est le cas du tournesol, dont les semis viennent de commencer, et du maïs, planté à partir d’avril. Selon Philippe Lorenzati, certains céréaliers pourraient revoir leur assolement, abandonnant le maïs traité à l’urée pour privilégier le tournesol, qui nécessite de l’ammonitrate, aujourd’hui autour de 650 € la tonne. Une première conséquence avant une récolte 2027 déjà redoutée, à quelques semaines de sa préparation.

Filière en péril

Dans le Tarn-et-Garonne, cette envolée du marché des engrais suscite autant d’inquiétude qu’elle s’inscrit dans une conjoncture déjà défavorable. Tandis que les coûts de production s’envolent (carburant, engrais, etc.), le cours du blé, et donc les recettes, ne suit pas la même trajectoire. “On est pris en tenaille”, résume Édouard Forestier. “Il vaut mieux laisser le tracteur sous le hangar. On perd de l’argent à aller travailler dans les champs”, enchérit Jean-Philippe Viguié.

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Reclus dans l’attente, suspendus à l’actualité internationale, les acteurs de la filière craignent que cette situation n’assène le “coup de grâce” aux céréaliers locaux. Ces derniers pèsent 20 % des revenus liés à l’agriculture dans le département. Pour tenter d’endiguer cette crise, la Chambre d’agriculture du Tarn-et-Garonne réclame au gouvernement des “aides d’urgence aux producteurs”. En attendant, agriculteurs, coopératives et institutions naviguent à vue, sans possibilité de projection à long terme.

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