{"id":129704,"date":"2026-04-26T22:28:27","date_gmt":"2026-04-26T22:28:27","guid":{"rendered":"https:\/\/pressactu.com\/?p=129704"},"modified":"2026-04-26T22:28:27","modified_gmt":"2026-04-26T22:28:27","slug":"catastrophe-de-tchernobyl-on-nous-a-dit-quon-reviendrez-40-ans-plus-tard-la-colere-est-toujours-la-pour-oleg-qui-na-jamais-revu-la-ville-de-son-enfance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pressactu.com\/?p=129704","title":{"rendered":"Catastrophe de Tchernobyl\u00a0: &quot;On nous a dit qu&#039;on reviendrez&quot;&#8230; 40 ans plus tard, la col\u00e8re est toujours l\u00e0 pour Oleg, qui n\u2019a jamais revu la ville de son enfance"},"content":{"rendered":"<p>\n                                                                    <span class=\"article-full__chapo-label hide-on-small-only\">l&#8217;essentiel<\/span><br \/>\n                                                                Arriv\u00e9 en France apr\u00e8s l\u2019invasion russe, Oleg vit d\u00e9sormais avec sa famille dans l\u2019agglom\u00e9ration tarbaise. N\u00e9 \u00e0 Pripiat, la ville la plus proche de la centrale nucl\u00e9aire, il \u00e9tait \u00e9colier lorsque la catastrophe est arriv\u00e9e. T\u00e9moignage sur un pass\u00e9 qui ne passe pas.\n                            <\/p>\n<div rel=\"js-article-content\">\n                                                                                                                            <!-- Pub DFP Position [outstream] --><\/p>\n<p>Devant la fen\u00eatre, Oleg pointe la derni\u00e8re tour HLM de Tarbes, l\u00e0-bas. &#8220;On habitait au 6e \u00e9tage et on voyait la centrale \u00e0 cette distance-l\u00e0, deux ou trois kilom\u00e8tres&#8221;, pr\u00e9cise-t-il. Cette nuit-l\u00e0\u00a0? Ses parents, sa s\u0153ur et lui n\u2019ont &#8220;rien vu, rien entendu&#8221;. Mais en arrivant \u00e0 l\u2019\u00e9cole\u2026<\/p>\n<p><!-- Pub DFP Position [article] --><\/p>\n<p>&#8220;La directrice nous a rassembl\u00e9s sur l\u2019esplanade. On nous a donn\u00e9 des cachets d\u2019iode et elle a dit qu\u2019il n\u2019y aurait pas classe. Alors avec mes copains, on est partis se promener.&#8221; D\u00e9tail qui revient\u00a0? &#8220;Les rues nettoy\u00e9es au jet d\u2019eau.&#8221; La catastrophe, c\u2019\u00e9tait il y a 40 ans. Oleg allait avoir 10 ans. &#8220;Je suis n\u00e9 le 30\u00a0mai 1976, \u00e0 Pripyat&#8221;, pr\u00e9cise-t-il. Il ne les a pas f\u00eat\u00e9s chez lui.<\/p>\n<p>Lorsqu\u2019en 2022 il est venu mettre sa famille \u00e0 l\u2019abri en France, qu\u2019il y a trouv\u00e9 du travail pour repartir &#8220;de z\u00e9ro&#8221;, ce n\u2019\u00e9tait ni sa premi\u00e8re trag\u00e9die ni son premier exil. Son enfance avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 sacrifi\u00e9e \u00e0 Tchernobyl. &#8220;Mon oncle travaillait \u00e0 la centrale et il a envoy\u00e9 un message \u00e0 ma m\u00e8re\u00a0: pr\u00e9parez vos affaires et partez d\u2019ici.&#8221;<\/p>\n<p>&#8220;Maman s\u2019occupait d\u2019une garderie pour les enfants. Papa travaillait \u00e0 l\u2019extraction et au transport des mat\u00e9riaux pour la construction du cinqui\u00e8me microdistrict de Pripyat. Au moment de la catastrophe, ils venaient de finir le chantier. Pripyat avait \u00e0 peu pr\u00e8s la taille de Tarbes, pr\u00e9cise-t-il, et pour nous c\u2019\u00e9tait un paradis.&#8221;<\/p>\n<p class=\"std-elt__inline\">\n        <strong>\u00c0 lire aussi :<\/strong><br \/>\n        <a href=\"\/2026\/04\/26\/catastrophe-de-tchernobyl-notre-reportage-exclusif-dans-le-silence-de-la-zone-irradiee-13343260.php\">Catastrophe de Tchernobyl\u00a0: notre reportage exclusif dans le silence de la zone irradi\u00e9e<\/a>\n    <\/p>\n<h2 class=\"txt-int\">&#8220;Je n\u2019ai aucun objet, aucune photo de mon enfance&#8221;<\/h2>\n<p>Une ville quasi ferm\u00e9e, certes\u2026 Mais la centrale nucl\u00e9aire y garantissait les meilleurs salaires, des magasins approvisionn\u00e9s, des \u00e9coles, des stades, une piscine et un palais de la culture &#8220;parmi les meilleurs d\u2019URSS&#8221;. La ville sovi\u00e9tique moderne et planifi\u00e9e, par excellence.<\/p>\n<p>De tout cela, Oleg garde des images de parcs, de jeux, d\u2019espaces fleuris, la nostalgie d\u2019une enfance heureuse et prot\u00e9g\u00e9e. Mais &#8220;z\u00e9ro&#8221; est le mot qui rythme la conversation pour ce qu\u2019il a pu en emporter. &#8220;On a tout laiss\u00e9, on est partis le soir en train pour aller chez ma grand-m\u00e8re maternelle, \u00e0 Jytomyr&#8221;.<\/p>\n<p>Dans sa salle \u00e0 manger, les photos de famille ou une peluche racontent sa vie d\u2019aujourd\u2019hui, sa femme, ses filles, leurs vacances. &#8220;Mais je n\u2019ai aucun objet, aucune photo de mon enfance&#8221;, ajoute-t-il, requ\u00e9rant l\u2019anonymat, sa confiance dans le monde rompue depuis 40 ans.<\/p>\n<p>La peur\u00a0? Non, ils ne l\u2019ont pas \u00e9prouv\u00e9e. Il ressort sur son t\u00e9l\u00e9phone le message d\u2019\u00e9vacuation d\u2019avril\u00a01986. &#8220;Situation radiologique pr\u00e9occupante&#8221;\u00a0: &#8220;afin de garantir la s\u00e9curit\u00e9 totale de la population, il est n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9vacuer temporairement les habitants de Pripyat&#8221;. &#8220;On n\u2019a pas peur quand on vous dit que vous reviendrez&#8221;, reprend-il. Sauf qu\u2019ils ne sont jamais rentr\u00e9s. Et &#8220;l\u2019ampleur de la catastrophe, c\u2019est rest\u00e9 un secret jusqu\u2019\u00e0 mes 16 ou 17 ans&#8221;.<\/p>\n<p>\u00c0 Jytomyr, sa m\u00e8re a retravaill\u00e9. &#8220;Mais son p\u00e8re est reparti sur place.&#8221; Il cherche le mot. &#8220;Liquidateur.&#8221; Sa m\u00e8re est morte. Thyro\u00efde. Leuc\u00e9mie. Son p\u00e8re est toujours vivant mais rong\u00e9 par les probl\u00e8mes de sant\u00e9. &#8220;Bonne g\u00e9n\u00e9tique&#8221;, ponctue Oleg qui, lui, faisait un bilan tous les ans, en Ukraine.<\/p>\n<p>Gros bosseur, silhouette athl\u00e9tique, il fait attention \u00e0 sa sant\u00e9 physique. Mais au rayon des blessures invisibles, la col\u00e8re ne gu\u00e9rit pas. &#8220;Contre l\u2019URSS, le communisme, le mensonge, le secret&#8221;\u2026 Le pass\u00e9 ne s\u2019efface pas. &#8220;La catastrophe, \u00e7a reste un trauma.&#8221; Il aimerait pourtant revoir un jour Pripyat. &#8220;Mais pour y retrouver quoi\u00a0? La ville que j\u2019ai connue a disparu&#8221;, ajoute-t-il, agac\u00e9 par le business glauque des visites guid\u00e9es. &#8220;\u00c7a ne devrait pas \u00eatre un lieu touristique, c\u2019est une trag\u00e9die. \u00c0 quoi \u00e7a sert de visiter une trag\u00e9die\u00a0?&#8221;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><a href=\"https:\/\/www.ladepeche.fr\/2026\/04\/26\/catastrophe-de-tchernobyl-on-nous-a-dit-quon-reviendrez-40-ans-plus-tard-la-colere-est-toujours-la-pour-oleg-qui-na-jamais-revu-la-ville-de-son-13343808.php\">source<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>l&#8217;essentiel Arriv\u00e9 en France apr\u00e8s l\u2019invasion russe, Oleg vit d\u00e9sormais avec sa famille dans l\u2019agglom\u00e9ration tarbaise. N\u00e9 \u00e0 Pripiat, la ville la plus proche de la centrale nucl\u00e9aire, il \u00e9tait \u00e9colier lorsque la catastrophe est arriv\u00e9e. T\u00e9moignage sur un pass\u00e9 qui ne passe pas. 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