{"id":104721,"date":"2025-09-28T10:39:08","date_gmt":"2025-09-28T10:39:08","guid":{"rendered":"https:\/\/pressactu.com\/?p=104721"},"modified":"2025-09-28T10:39:08","modified_gmt":"2025-09-28T10:39:08","slug":"face-a-face-montsegur-puilaurens-lastours-chateaux-cathares-ou-forteresses-royales-quand-la-candidature-a-lunesco-divise-les-historiens","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/pressactu.com\/?p=104721","title":{"rendered":"FACE-A-FACE. Monts\u00e9gur, Puilaurens, Lastours\u2026 Ch\u00e2teaux cathares ou forteresses royales\u00a0? Quand la candidature \u00e0 l\u2019Unesco divise les historiens"},"content":{"rendered":"<p>\n                                                                    <span class=\"article-full__chapo-label hide-on-small-only\">l&#8217;essentiel<\/span><br \/>\n                                                                Entre rigueur historique et m\u00e9moire r\u00e9gionale, un vif d\u00e9bat oppose les historiens autour des &#8220;ch\u00e2teaux cathares&#8221;, rebaptis\u00e9s &#8220;forteresses royales&#8221; dans le cadre de leur candidature \u00e0 l\u2019Unesco. Faut-il corriger un mythe n\u00e9 au XIX\u1d49 si\u00e8cle ou pr\u00e9server un symbole identitaire enracin\u00e9 dans l\u2019imaginaire occitan\u00a0? Deux historiens nous livrent leur point de vue.\n                            <\/p>\n<div rel=\"js-article-content\" data-state=\"fixed-height\" data-selection=\"disabled\">\n                                                                                                                            <!-- Pub DFP Position [outstream] --><\/p>\n<p>Arnaud Fossier, historien m\u00e9di\u00e9viste, soutient que les &#8220;ch\u00e2teaux cathares&#8221; autour de la Cit\u00e9 de Carcassonne devraient \u00eatre appel\u00e9s &#8220;forteresses royales&#8221;. Il explique pourquoi cette appellation serait plus conforme \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 historique\u2026 et pourquoi elle suscite tant de d\u00e9bats.<\/p>\n<p><!-- Pub DFP Position [article] --><\/p>\n<p class=\"txt-question\">Pourquoi parler aujourd\u2019hui de &#8220;forteresses royales&#8221; plut\u00f4t que de &#8220;ch\u00e2teaux cathares&#8221;\u00a0?<\/p>\n<p>Il faut d\u2019abord pr\u00e9ciser que ce changement vient d\u2019une volont\u00e9 locale, notamment du d\u00e9partement de l\u2019Aude, dans le cadre de la candidature de ces ch\u00e2teaux au patrimoine mondial de l\u2019Unesco. Ce n\u2019est pas une d\u00e9cision impos\u00e9e par l\u2019ext\u00e9rieur ou par des historiens isol\u00e9s\u00a0: c\u2019est le fruit d\u2019un travail collectif de six ans, appuy\u00e9 par quarante ans de recherches.<\/p>\n<p class=\"txt-question\">En quoi cette appellation de &#8220;ch\u00e2teau cathare&#8221; pose-t-elle probl\u00e8me\u00a0?<\/p>\n<p>Elle est trompeuse. Les ch\u00e2teaux que nous connaissons ont \u00e9t\u00e9 construits dans les ann\u00e9es 1220-1230, soit apr\u00e8s l\u2019\u00e9mergence de l\u2019h\u00e9r\u00e9sie cathare, et surtout pour l\u2019\u00e9craser. Ils ont \u00e9t\u00e9 b\u00e2tis par le roi de France \u00e0 des fins militaires, pour d\u00e9fendre la fronti\u00e8re face au royaume d\u2019Aragon. Ce ne sont pas des r\u00e9sidences cathares. Donc ni &#8220;ch\u00e2teau&#8221; au sens noble du terme, ni &#8220;cathare&#8221;\u00a0: ce sont des forteresses royales.<\/p>\n<div class=\"center-align\" rel=\"js-article-inline-img\" data-protec-aida=\"image\">\n<figure class=\"std-img\" data-src=\"https:\/\/images.ladepeche.fr\/api\/v1\/images\/view\/68d67d46724d2086910c89a2\/original\/image.jpg?v=1\">\n        <img decoding=\"async\" class=\"std-img__img responsive-img\" src=\"http:\/\/pressactu.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/1759055948_916_image.jpg?v=1\" alt=\"Arnaud Fossier, historien m\u00e9di\u00e9viste.\"\/><figcaption class=\"article-full__media-infos\">\n                <span class=\"article-full__media-legend\">Arnaud Fossier, historien m\u00e9di\u00e9viste.<\/span><br \/>\n                                    <span class=\"article-full__media-author\">DR<\/span><br \/>\n                            <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p class=\"txt-question\">Certains de ces lieux n\u2019ont-ils pas \u00e9t\u00e9 occup\u00e9s par des cathares\u00a0?<\/p>\n<p>Temporairement, oui, pour une poign\u00e9e d\u2019entre eux \u00e0 peine. Des dissidents ont fui les pers\u00e9cutions et trouv\u00e9 refuge dans des habitats villageois, comme \u00e0 Monts\u00e9gur. Mais ils n\u2019ont jamais construit de ch\u00e2teaux, ni v\u00e9cu durablement dans ceux qu\u2019on visite aujourd\u2019hui. Cette id\u00e9e rel\u00e8ve davantage d\u2019un mythe, qui s\u2019est construit sur tr\u00e8s peu de sources historiques fiables.<\/p>\n<p class=\"txt-question\">Le catharisme aurait-il \u00e9t\u00e9 &#8220;invent\u00e9&#8221; selon vos travaux\u00a0?<\/p>\n<p>Le catharisme, tel qu\u2019on le pr\u00e9sente souvent comme une religion structur\u00e9e avec son clerg\u00e9, a \u00e9t\u00e9 en grande partie une construction de l\u2019\u00c9glise elle-m\u00eame. Cela servait ses int\u00e9r\u00eats, tout comme ceux de la monarchie fran\u00e7aise\u00a0: affirmer leur autorit\u00e9, mater les vell\u00e9it\u00e9s d\u2019ind\u00e9pendance du Languedoc. Le pape lance d\u2019ailleurs la croisade d\u00e8s 1209. Cette invention d\u2019un ennemi permettait de justifier une conqu\u00eate.<\/p>\n<p class=\"txt-question\">Pourtant, l\u2019image des cathares r\u00e9sistants reste tr\u00e8s vivace dans la r\u00e9gion\u2026<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr. Depuis le XIXe\u00a0si\u00e8cle, les cathares nourrissent une mythologie puissante\u00a0: celle d\u2019un peuple rebelle, pers\u00e9cut\u00e9, ind\u00e9pendant. Les f\u00e9d\u00e9ralistes, les protestants, certains militants r\u00e9gionalistes se sont identifi\u00e9s \u00e0 eux. Et plus les sources sont rares, plus on projette nos fantasmes.<\/p>\n<p class=\"txt-question\">Cela ne vous attriste pas de d\u00e9construire ce mythe\u00a0?<\/p>\n<p>Pas du tout. Le r\u00f4le de l\u2019historien n\u2019est pas de dire aux gens en quoi croire. On partage le fruit de nos recherches. Parfois \u00e7a confirme des id\u00e9es re\u00e7ues, souvent non. Mais l\u2019histoire n\u2019a pas \u00e0 \u00e9craser la m\u00e9moire\u00a0: elle peut dialoguer avec elle. \u00c0 chacun ensuite de faire \u00e9voluer son regard.<\/p>\n<hr\/>\n<p>Docteur en histoire de la th\u00e9ologie (Universit\u00e9 de Strasbourg), Roland Poupin d\u00e9fend de son c\u00f4t\u00e9 l\u2019appellation de &#8220;ch\u00e2teaux cathares&#8221; pour les huit sites audois et ari\u00e9geois candidats au patrimoine mondial de l\u2019UNESCO. Selon lui, parler de &#8220;forteresses royales&#8221;\u00a0efface une part essentielle de leur histoire.<\/p>\n<p class=\"txt-question\">Pourquoi le changement d\u2019appellation vous para\u00eet-il probl\u00e9matique\u00a0?<\/p>\n<p>Parce qu\u2019avant qu\u2019il y ait des forteresses royales, il y avait autre chose. Michel Roquebert, grand historien m\u00e9di\u00e9viste aujourd\u2019hui disparu, l\u2019a d\u00e9montr\u00e9\u00a0: sous leur forme actuelle, ces b\u00e2tisses sont des reconstructions post\u00e9rieures \u00e0 la croisade, donc effectivement royales. Mais ces forteresses ont \u00e9t\u00e9 \u00e9rig\u00e9es l\u00e0 parce qu\u2019il existait d\u00e9j\u00e0 des lieux-refuges, qui ont servi \u00e0 prot\u00e9ger les cathares. En changeant de nom, on gomme une partie de l\u2019histoire.<\/p>\n<p class=\"txt-question\">La controverse se r\u00e9sume-t-elle \u00e0 une guerre de mots\u00a0?<\/p>\n<p>Non, pas seulement. Derri\u00e8re l\u2019\u00e9tiquette &#8220;forteresses royales&#8221;, il y a une logique d\u00e9constructionniste qui tend \u00e0 minimiser, voire \u00e0 nier, l\u2019existence du catharisme. Certains affirment que nous ne connaissons les cathares que par les sources inquisitoriales. C\u2019est faux\u00a0: nous disposons de textes authentiques, comme Le Livre des deux principes, retrouv\u00e9 en 1939, ou encore des rituels liturgiques. Dire qu\u2019il n\u2019y a pas de sources cathares, c\u2019est entretenir une forme d\u2019oubli.<\/p>\n<div class=\"center-align\" rel=\"js-article-inline-img\" data-protec-aida=\"image\">\n<figure class=\"std-img\" data-src=\"https:\/\/images.ladepeche.fr\/api\/v1\/images\/view\/68d67e40dfd1cecc5a01162f\/original\/image.jpg?v=1\">\n        <img decoding=\"async\" class=\"std-img__img responsive-img\" src=\"http:\/\/pressactu.com\/wp-content\/uploads\/2025\/09\/1759055948_761_image.jpg?v=1\" alt=\"Roland Poupin, th\u00e9ologien.\"\/><figcaption class=\"article-full__media-infos\">\n                <span class=\"article-full__media-legend\">Roland Poupin, th\u00e9ologien.<\/span><br \/>\n                                    <span class=\"article-full__media-author\">DR<\/span><br \/>\n                            <\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<p class=\"txt-question\">Vous maintenez donc que le catharisme a bien exist\u00e9 comme courant religieux organis\u00e9\u00a0?<\/p>\n<p>\u00c9videmment. D\u00e8s 1179, un concile \u0153cum\u00e9nique de l\u2019\u00c9glise catholique emploie le mot &#8220;cathare&#8221; pour d\u00e9signer les h\u00e9r\u00e9tiques d\u2019Occitanie. Nous savons aussi que leur doctrine \u00e9tait dualiste, comme en t\u00e9moigne ce m\u00eame Livre des deux principes. Contrairement \u00e0 ce qu\u2019ont soutenu certains au XIXe et XXe\u00a0si\u00e8cles, les cathares n\u2019\u00e9taient pas manich\u00e9ens\u00a0: ils \u00e9taient chr\u00e9tiens, mais dualistes. Jean Duvernoy l\u2019a soulign\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 1970.<\/p>\n<p class=\"txt-question\">Pourquoi cette m\u00e9moire est-elle si importante \u00e0 pr\u00e9server\u00a0?<\/p>\n<p>Parce que nier le terme, c\u2019est fragiliser l\u2019existence m\u00eame de cette population. Ces hommes et ces femmes ont \u00e9t\u00e9 pers\u00e9cut\u00e9s, leur civilisation an\u00e9antie. Mais ils ont laiss\u00e9 des textes, une th\u00e9ologie, une organisation originale proche d\u2019un ordre monastique, comme l\u2019a mis en \u00e9vidence l\u2019archiviste Anne Brenon. Si nous acceptons de les effacer par le vocabulaire, puis de minimiser leurs sources, et enfin de rebaptiser les lieux o\u00f9 ils se sont r\u00e9fugi\u00e9s, nous favorisons une triple disparition\u00a0: celle des textes, des sites, et de la m\u00e9moire des pers\u00e9cut\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"txt-question\">En somme, ce d\u00e9bat d\u00e9passe les pierres des ch\u00e2teaux.<\/p>\n<p>Oui, il touche \u00e0 la transmission d\u2019une histoire et d\u2019une identit\u00e9. Rebaptiser ces ch\u00e2teaux en simples forteresses royales, c\u2019est promouvoir l\u2019oubli. Or l\u2019histoire ne devrait jamais oublier ceux qui ont exist\u00e9, qui ont cru autrement, et qui en ont pay\u00e9 le prix.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><a href=\"https:\/\/www.ladepeche.fr\/2025\/09\/28\/face-a-face-montsegur-puilaurens-lastours-chateaux-cathares-ou-forteresses-royales-quand-la-candidature-a-lunesco-divise-les-historiens-12950936.php\">source<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>l&#8217;essentiel Entre rigueur historique et m\u00e9moire r\u00e9gionale, un vif d\u00e9bat oppose les historiens autour des &#8220;ch\u00e2teaux cathares&#8221;, rebaptis\u00e9s &#8220;forteresses royales&#8221; dans le cadre de leur candidature \u00e0 l\u2019Unesco. Faut-il corriger un mythe n\u00e9 au XIX\u1d49 si\u00e8cle ou pr\u00e9server un symbole identitaire enracin\u00e9 dans l\u2019imaginaire occitan\u00a0? Deux historiens nous livrent leur point de vue. 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